En 2022, j'avais adoré La prophétie des soeurs serpents d'Isis Labeau Caberia, un formidable roman ado qui
proposait un grand récit afro-éco-féministe et invitait ses jeunes
lecteurices à poser un regard nouveau sur la Martinique.
Avec Chères ancêtres l'autrice quitte la fiction pour l'essai et revisite l'histoire de son île natale depuis la colonisation par les Français jusqu'à aujourd'hui, au prisme des générations de femmes, esclavisées afro-descendantes, engagées indiennes, et leurs descendantes, qui se sont succédées sur l'île.
Le texte, rédigé dans une langue à la fois poétique et rigoureuse, est
incroyablement riche. Il est plein d'une colère féconde et créatrice. Il
est plein de joie aussi, dans les nombreux exemples de résistance aux
oppressions qu'il présente. et c'est une source d'inspiration et de
réconfort en ces temps où l'on pourrait facilement céder au désespoir.
Ironie des plannings éditoriaux (dont on sait qu'ils se construisent souvent avec
plusieurs années d'avance), le livre est sorti chez Grasset une semaine à
peine avant l'éviction de son directeur et la reprise en main de la
maison par Bolloré. Il ne fait aucun doute qu'un tel ouvrage ne pourrait
exister dans le monde éditorial tel que le rêve Bolloré, et ça le rend
d'autant plus précieux.

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